Le terme « traumatisme » fait référence au dommage physique ou psychologique qui résulte d’une expérience extrêmement négative, parfois décrite comme une « expérience traumatisante » [1]. Il en existe différentes formes et la façon dont il se manifeste dépend de la personne concernée, de son environnement social et du soutien dont elle bénéficie, de toute condition psychologique préexistante, des expériences de vie passées, ainsi que de l’intensité de l’expérience qui est à l’origine du traumatisme [2].
De par leur nature, les violences sexuelles et basées sur le genre (VSBG) portent atteinte à l’intégrité des survivant·es/victimes dans ce qu’elle a de plus intime, en mobilisant des dimensions physiques, psychologiques et symboliques qui dépassent largement l’acte lui-même. Elles engendrent ainsi, pour un grand nombre d’individus, un traumatisme important et durable. Ses conséquences et manifestations varient d’une personne à l’autre, mais se traduisent fréquemment par des atteintes à la santé physique, mentale, sexuelle et reproductive des victimes à court, moyen ou long termes [3].
Par exemple, des études internationales ont montré que les traumatismes et troubles psycho-traumatiques peuvent avoir un impact majeur sur la santé mentale des survivant·es au moyen de « troubles anxieux, dépression, troubles du sommeil, troubles cognitifs, troubles du comportement alimentaire, addictions » [4]. Ils peuvent également causer de graves dysfonctionnements des circuits émotionnels et de la mémoire (mémoire traumatique, amnésie traumatique) [5]. Certain.es expert.es et praticien.nes parlent de « trouble de stress post-traumatique après un viol » (en anglais « rape trauma syndrome » [6]).
Par ailleurs, ces traumatismes peuvent avoir un impact sur la santé physique à travers des troubles liés au « stress et aux stratégies de survie, maladies cardiovasculaires et respiratoires, diabète, obésité, épilepsie, troubles de l’immunité, troubles gynécologiques, infections sexuellement transmissibles, troubles digestifs, fatigue, douleurs chroniques etc » [7]. Enfin, les psycho-traumatismes peuvent entraîner de graves répercussions sur la vie émotionnelle, sociale, professionnelle, culturelle, éducative et sexuelle des survivant·es [8]. En l’absence d’un accompagnement et de soins adaptés, ces incidences peuvent persister pendant des années, des décennies, voire toute une vie. Cette réalité est particulièrement marquée en ce qui concerne les violences sexuelles, la stigmatisation et l’exclusion sociale auxquelles sont confronté.es les survivant·es après les faits venant aggraver ces conséquences.
Il est fondamental de bien comprendre le traumatisme, ainsi que d’en saisir les conséquences et les implications, afin de garantir l’efficacité des démarches visant à établir la vérité et à obtenir justice et réparation. Cette approche permet non seulement de limiter les risques de retraumatisation (voir Approche tenant compte des traumatismes), mais aussi de favoriser une participation plus effective des survivant·es aux procédures, ainsi qu’une meilleure compréhension de leurs réactions et de leurs besoins.
ZOOM : TPIY, affaire Anto Furundzija
« La Chambre de première instance conclut qu’en dépit de ses contradictions sur des détails infimes, relevées à juste titre par la Défense, le Témoin A est crédible. (…) La Chambre de première instance est d’avis que l’on ne peut raisonnablement attendre des personnes ayant survécu à des expériences si traumatisantes qu’elles se souviennent avec précision des détails de chaque événement, comme sa date ou son heure exacte. On ne peut pas non plus raisonnablement attendre d’elles qu’elles se rappellent chaque élément précis d’une série complexe d’événements traumatisants. En fait, dans certaines circonstances, des contradictions peuvent constituer des signes de la sincérité des témoins et indiquer qu’ils n’ont pas été influencés. »
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Traumatisme intergénérationnel
Les expériences traumatiques, en particulier lorsqu’il s’agit de violences sexuelles de grande ampleur ou intensité, peuvent avoir des conséquences qui dépassent le cadre individuel et affecter la communauté dans son ensemble – engendrant ainsi un traumatisme collectif [10]. Elles peuvent également être « transmises » d’une génération à une autre – on parle alors de traumatisme intergénérationnel, transgénérationnel ou hérité [11]. Dans ce cas, l’expérience traumatique se transmet au-delà de la personne directement affectée et peut toucher plusieurs générations, souvent au sein d’une même famille, y compris longtemps après les faits, alors même que certains de ses membres n’étaient pas encore nés au moment où ils se sont produits. Il s’agit d’« un phénomène de transmission par les ascendants aux descendants d’une violence sociale ayant des conséquences traumatisantes pour ces derniers » [12].
Cet « héritage » du traumatisme s’est par exemple retrouvé dans les familles et communautés qui ont vécu un génocide, la torture ou l’esclavage [13].