Intersectionnalité

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Le concept d’intersectionnalité a principalement été mis en lumière par les travaux de la professeure et juriste américaine Kimberlé Crenshaw en 1989, à partir de l’analyse des discriminations subies par les femmes afro-américaines. Il constitue désormais un concept clé et central à toute analyse des violations des droits humains.

« L’intersectionnalité fait référence à la manière dont des formes distinctes de discrimination peuvent se combiner et s’additionner pour aboutir à des conséquences différentes de celles résultant de l’une ou l’autre des formes individuelles de discrimination » [1]. Ce concept vise les situations dans lesquelles « deux ou plusieurs motifs [de discrimination] se conjuguent pour donner lieu à des expériences de discrimination distinctes, uniques et cumulées » [2]. En d’autres termes, l’intersectionnalité met en évidence la situation des personnes qui, de par leur identité (y compris leur genre, religion, âge, orientation sexuelle, appartenance ethnique, nationalité, etc.) [3], sont exposées à des inégalités et discriminations qui s’entrecroisent et s’exacerbent.

Par exemple, une femme noire musulmane lesbienne peut subir des discriminations basées séparément sur son genre, son origine, sa religion et son orientation sexuelle, mais elle peut également être confrontée à une forme spécifique de discrimination liée à la combinaison indissociable de ces éléments [4], à son identité propre, qui ne correspond pas nécessairement à celle vécue par une femme blanche lesbienne ou par une femme noire hétérosexuelle.

Pour illustrer ce concept, ONU Femmes a réalisé plusieurs portraits sur « l’inégalité intersectionnelle » : une militante féministe noire au Brésil, une militante guatémaltèque pour les droits des peuples autochtones, une jeune militante brésilienne cheffe de file de l’action en faveur de la justice climatique, etc. [5]

Une approche/perspective intersectionnelle « tient compte des différentes identités qui existent au sein de groupes et de communautés souvent présentés comme homogènes, ainsi que du fait que les identités, les expériences et les besoins sont multidimensionnels, variables et propres à un contexte et à un moment précis. [...] Elle peut [ainsi] contribuer à cerner les lacunes des cadres juridiques, institutionnels et stratégiques [et placer] les expériences vécues et les solutions proposées par les personnes concernées au cœur de l’élaboration des politiques et de l’évaluation de leur efficacité » [6]. Ce faisant, elle « peut donc aider les décideurs à élaborer des politiques adaptées et entièrement fondées sur une compréhension et une prise en compte globales des expériences vécues par les personnes exposées à des formes croisées de discrimination [...] » [7].


Termes connexes

Notes

[1Cour pénale internationale (CPI), Bureau du Procureur, Document de politique générale relatif aux crimes liés au genre, Décembre 2023, par. 40.

[3Document de politique générale relatif aux crimes liés au genre, op. cit., par. 41.

[4L’indissociabilité des discriminations est le propre de l’intersectionnalité, et la différencie de la discrimination multiple séquentielle et de la discrimination multiple additive. Voir la théorie de Sandra Fredman dans European Commission : Directorate-General for Justice and Consumers et European network of legal experts in gender equality and non-discrimination, Intersectional discrimination in EU gender equality and non-discrimination law, 2016 ; Conseil de l’Europe, « L’intersectionnalité et la discrimination multiple », s.d.

[6Rapport A/HRC/57/67, op. cit., par. 5.

[7Ibid., par. 6.