Impunité

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Les personnes physiques (ou entités) soupçonnées d’être responsables de la perpétration d’un crime ou d’une violation d’une loi ou d’une règle, qu’elle soit pénale, civile, administrative, disciplinaire, nationale ou internationale, ou qui y contribuent, ne l’empêchent pas ou ne la punissent pas, doivent rendre des comptes [1]. Tout manquement à cette obligation créera une situation d’impunité dans laquelle les responsables de crimes ou de violations n’auront pas à faire face aux conséquences de leur comportement, contribuant ainsi à la répétition de ces crimes et violations et privant les survivant·es/victimes de leurs droits à réparation. La notion d’impunité, en soi, ne se limite pas à l’absence de sanction et comprend l’absence d’enquêtes, d’arrestations, de poursuites, de condamnations proportionnées et l’absence de réparation [2]. Les États sont tenus de veiller à ce que les responsables répondent de leurs actes, ce qui implique l’obligation de lutter contre l’impunité [3]. Les « Principes des Nations unies sur l’impunité » énoncent une série de principes destinés à aider les États à cet égard, qui s’articulent autour de trois catégories : le droit de savoir, le droit à la justice et le droit à réparation [4].

L’impunité des responsables de violences sexuelles et basées sur le genre constitue, dans tous les pays, plus souvent la norme plutôt que l’exception [5]. Elle est souvent due à un certain nombre d’obstacles législatifs, institutionnels, personnels et culturels qui empêchent les dénonciations.

Plusieurs obstacles législatifs peuvent être identifiés, tels que des cadres juridiques et procéduraux déficients et/ou discriminatoires, comprenant des définitions inexistantes ou inadéquates des crimes sexuels et basés sur le genre, des délais de prescription pour ces crimes, des immunités ou des grâces, la possibilité pour les responsables de se soustraire aux sanctions en épousant la victime du viol ou par le biais de règlements à l’amiable, la réduction de la peine si un crime a été commis par un membre de la famille, ou l’imposition d’une charge de la preuve très lourde à l’encontre de la victime (comme par exemple l’exigence d’éléments corroborants dans les cas de viol, voir ci-dessous) [6].

Les obstacles institutionnels qui favorisent l’impunité incluent l’absence de lignes d’assistance d’urgence, des procédures de plainte inadéquates ou discriminatoires, un manque d’informations sur les services de signalement, l’absence de mesures de protection, y compris de centres d’accueil mis en place par l’État, l’absence de mécanismes d’application de la loi indépendants et impartiaux, un manque de formation (adéquate) des enquêteurs, des procureurs, des juges et des avocats, et la corruption.

Au niveau individuel, les survivant·es/victimes de violences sexuelles et basées sur le genre peuvent ne pas signaler un incident par crainte de représailles, de la stigmatisation ou par manque de confiance dans le système judiciaire, en particulier si elles ne bénéficient pas d’un soutien lors du processus de dénonciation et/ou si le processus lui-même est traumatisant, comme lorsqu’on met en doute la parole de la victime ou lorsqu’elle est obligée de témoigner à plusieurs reprises [7].

Les barrières sociales comprennent la stigmatisation sociale, à savoir le rejet de la victime et souvent des membres de sa famille suite à la dénonciation, ainsi que les risques de représailles qui peuvent en découler. Les obstacles culturels incluent les cas où la violence elle-même est liée à la culture ou est ancrée dans des stéréotypes culturels, ou lorsque la famille est complice de la violence, par exemple dans le cas d’un mariage forcé.

Ces obstacles ont créé et favorisé un climat et une culture de l’impunité qui encouragent et perpétuent les violences sexuelles et basées sur le genre [8].


Termes connexes

Notes

[1Transparency & Accountability Initiative, « How do we define key terms ? Transparency and accountability glossary », 12 avril 2017. Voir également la définition de la « Redevabilité » ci-dessous.

[2Commission des droits de l’homme, Promotion et Protection des droits de l’homme, Impunité, Rapport de l’experte indépendante chargée de mettre à jour l’Ensemble de principes pour la lutte contre l’impunité, Diane Orentlicher, Additif, Ensemble de principes actualisé pour la protection et la promotion des droits de l’homme par la lutte contre l’impunité, E/CN.4/2005/102/Add.1, 8 février 2005 (« Principes des Nations unies sur l’impunité de 2005 »). Voir également le document préparé par la Commission internationale de juristes sur la lutte contre l’impunité : Commission internationale de juristes, International Law and the Fight Against Impunity, A Practitioners Guide, 2015.

[3Principes des Nations unies sur l’impunité de 2005, op. cit. ; Sur la question des violences sexuelles et basées sur le genre de manière spécifique, voir Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU), Résolution 2467(2019), S/RES/2467(2019), 23 avril 2019, Préambule, paras. 3, 15, 17.

[4Idem.

[5CSNU, Rapport du Secrétaire général des Nations unies sur les violences sexuelles liées aux conflits, S/2019/280, 29 mars 2019, para. 8 ; Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), Lignes directrices pour lutter contre les violences sexuelles et leurs conséquences en Afrique, Niamey, 2017, p. 9.

[6Equality Now, The World’s Shame - The Global Rape Epidemic : How laws around the world are failing to protect women and girls from sexual violence, 2017 ; Concernant la situation au Sierra Leone, voir Human Rights Watch, We’ll kill you if you cry. Sexual Violence in the Sierra Leone Conflict, 2003 ; Par exemple, afin de lutter contre l’impunité et promouvoir l’accès à la justice pour les victimes, les Lignes directrices de la CADHP pour lutter contre les violences sexuelles et leurs conséquences en Afrique recommandent aux États de mener des campagnes de sensibilisation portant sur « les effets néfastes des règlements à l’amiable entre la famille de la victime et de l’agresseur, et sur les conséquences dramatiques du mariage de la victime avec l’auteur.e des violences. » Les Lignes directrices recommandent également que « les États prévoient pour les infractions de violences sexuelles, un renversement de la charge de la preuve au profit de la victime, dispensant celle-ci d’apporter toute autre preuve que son témoignage ». Lignes directrices de la CADHP pour lutter contre les violences sexuelles et leurs conséquences en Afrique, op. cit.

[7M. Keenan, « Criminal Justice, Restorative Justice, Sexual Violence and the Rule of Law, Restorative Responses to Sexual Violence », in E. Zinsstag, et M. Keenan (dir.), Restorative Responses to Sexual Violence : Legal, Social and Therapeutic Dimensions, Routledge, 2017.

[8The World’s Shame : The Global Rape Epidemic 2017, op. cit. ; CSNU, Résolution 2467 (2019), op. cit.