Le « crime organisé » (ou « criminalité organisée ») fait référence aux activités de « groupe[s] structuré[s] de trois personnes ou plus existant depuis un certain temps et agissant de concert dans le but de commettre une ou plusieurs infractions graves […] pour en tirer, directement ou indirectement, un avantage financier ou un autre avantage matériel » [1].
L’influence des groupes criminels organisés peut être considérable sur l’économie, la gouvernance, les institutions clés de la société (notamment les systèmes de santé, de justice et de sécurité) ainsi que sur les communautés. Cette influence s’exerce notamment par le contrôle, la violence, l’intimidation, la corruption ou encore l’infiltration des institutions publiques et privées.
Bien qu’elle puisse opérer à plusieurs niveaux, notamment local et national, la criminalité organisée revêt généralement une dimension transnationale. D’après la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée, une infraction est de nature transnationale si « a) Elle est commise dans plus d’un État ; b) Elle est commise dans un État mais qu’une partie substantielle de sa préparation, de sa planification, de sa conduite ou de son contrôle à lieu dans un autre État ; c) Elle est commise dans un État mais implique un groupe criminel organisé qui se livre à des activités criminelles dans plus d’un État ; ou d) Elle est commise dans un État mais a des effets substantiels dans un autre État » [2].
Cette dimension transnationale accroît la capacité d’action des groupes criminels, amplifie les dommages qu’ils causent et rend les efforts de prévention, d’enquête et de poursuite beaucoup plus complexes, favorisant ainsi l’impunité. Elle contribue également à l’essor de formes de criminalité durables et structurées, telles que le trafic de drogues et de ressources naturelles, le commerce illicite d’armes à feu et d’espèces sauvages, la cybercriminalité, la vente de médicaments frauduleux, ainsi que le trafic de migrants et la traite des êtres humains [3]. La traite des personnes (voir, Traite (des êtres humains/ sexuelle)), en particulier des femmes et des enfants, constitue l’une des formes de Violences basées sur le genre (VBG) les plus fréquemment associées à la criminalité organisée [4]. Pour refléter et répondre à cette réalité, les Nations Unies ont complété la Convention contre la criminalité transnationale organisée par le Protocole visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants.
Plus largement, de nombreuses formes de violences sexuelles et basées sur le genre (VSBG) sont liées au crime organisé, notamment l’exploitation sexuelle, le mariage forcé, l’esclavage sexuel, les violences domestiques, les Violences basées sur le genre facilitées par la technologie ou encore d’autres formes de violences utilisées pour terroriser, contrôler, manipuler ou exploiter des individus et des communautés à des fins de pouvoir, de domination ou de profit [5].
En effet, la criminalité organisée crée des environnements particulièrement propices aux VBG, notamment en raison de l’impunité, de la corruption, du contrôle territorial exercé par certains groupes ou encore de la faiblesse des mécanismes de protection et d’accès à la justice. Les survivant.es/victimes de ces violences se heurtent souvent à d’importants obstacles lorsqu’ils cherchent à obtenir protection, assistance ou justice. Ces difficultés s’expliquent notamment par la peur des représailles, la stigmatisation, l’absence de mécanismes de protection adaptés ou encore la collusion entre les groupes criminels et certaines autorités publiques.
Dans certains contextes, ces groupes imposent également des normes sociales et de genre particulièrement violentes, dont la transgression peut être sévèrement sanctionnée. En Colombie, par exemple, certains groupes criminels issus de la reconfiguration d’anciens groupes armés impliqués dans le conflit mènent des opérations qu’ils qualifient de « nettoyage social », une attaque directe et souvent létale visant les personnes qui ne se conforment pas à leur conception de la norme, particulièrement les personnes LGBTI+ et les travailleur.ses du sexe. La JEP a ainsi reconnu que « lorsqu’il existe […] des structures de la criminalité organisée exerçant un contrôle territorial dans des centres urbains et des quartiers, le risque d’être menacé.e, assassiné.e, déplacé.e ou victime de violences sexuelles augmente pour les personnes appartenant à la communauté LGBTIQ+ » [6].
→ Pour une analyse approfondie des dimensions de genre dans la criminalité organisée, voir notamment ONUDC, Module 15 : Genre et criminalité organisée.